• Evaluation des masters "métiers de l’enseignement" :
    le ministère se passe de l’AERES

 

Le ministère de l’Enseignement supérieur a décidé de se passer de l’avis de l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) sur les quelques maquettes de master « métiers de l’enseignement » renvoyées après l’appel à leur boycott. Patrick Hetzel, directeur général de l’enseignement supérieur et de la recherche (DGES), est venu l’annoncer lors du dernier Cneser, lundi 20 avril 2009, en indiquant qu’il missionnerait les experts scientifiques du ministère pour évaluer ces formations avant leur habilitation.

Passage en force

L'AERES avait en effet refusé d'évaluer ces quelque vingt maquettes (dont huit d’établissements privés et deux d’ENS) le 9 avril 2009, jugeant l'échantillon de masters trop peu pertinent. La coordination nationale des universités, le Snesup et SLU (Sauvons l'université) dénoncent un « passage en force » de la ministre Valérie Pécresse et du gouvernement.

Le décret statutaire en conseil d'Etat

Un sentiment d’autant plus vif qu’en pleines vacances de printemps, le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs, réécrit mais toujours fortement contesté dans les universités, doit passer en conseil d’Etat pour avis le mardi 21 avril 2009. « Le gouvernement (…) prendra-t-il le risque d’une énième provocation en l’inscrivant, le lendemain [du vote au conseil d’Etat], à l’ordre du jour du conseil des ministres ? », interroge le Snesup dans son communiqué de presse. Un rassemblement devant le conseil d'Etat est prévu mardi 21 avril, en début d'après-midi.

Fabienne Guimont
(Source: http://www.educpros.fr/detail-article/h/9ccd2b6ee0/a/evaluation-des-master-metiers-de-lenseignement-le-ministere-se-passe-de-laeres.html)

 


  • Toute honte bue : Valérie Pécresse et l’évaluation autoritaire,
    Communiqué de SLU, 20 avril 2009

 

Depuis deux ans Madame Valérie Pécresse ne cesse de louer le lien nécessaire entre l’« autonomie » des universités, l’évaluation « indépendante » des diplômes, des équipes ou des établissements par l’agence nationale d’évaluation AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) et la « débureaucratisation » du système français d’enseignement supérieur. Il y a trois jours, dans sa réponse aux présidents d’université, elle soulignait de même les prétendues avancées sur tous les dossiers controversés qui sont aujourd’hui au cœur du plus long mouvement social qu’ait jamais connu l’université française. Elle insistait alors pour « rassurer » la communauté universitaire, notamment quant à sa propre capacité d’écoute et de négociation. Il n’aura pas fallu très longtemps pour que tout le monde puisse comprendre quelle crédibilité accorder aux propos tantôt lénifiants et tantôt mensongers de la Ministre.

Aujourd’hui, lundi 20 avril, au CNESER (une de ces – de plus en plus rares – instances consultatives collégiales et paritaires, mêlant membres nommés et membres élus, au grand dam de la Ministre), Madame Pécresse a fait annoncer, toute honte bue, que les rares maquettes de master « métiers de l’enseignement » remontées au ministère (au nombre de dix-sept – dont au moins huit relevant, semble-t-il, de l’enseignement catholique – sur un total de près d’une centaine possibles) seraient directement évaluées par la DGES (Direction générale de l’enseignement supérieur), c’est-à-dire par un service dépendant directement de la Ministre, un des hauts lieux de cette bureaucratie gouvernementale décrite souvent, à grands renforts d’effets de manche, comme opaque et irresponsable, une de ces instances que les agences nationales comme l’AERES devaient justement priver de leurs prérogatives abusives...

Alors que l’AERES a, elle, pris acte du refus massif de la communauté universitaire de mettre en place les nouveaux masters d’enseignement et de l’impossibilité, dans de telles conditions, d’envisager une carte nationale des formations dotée d’un minimum de cohérence, elle est désavouée. Quand l’agence nationale « indépendante » refuse (communiqué de l’AERES du 10 avril), au prix d’un tardif mais louable accès de rationalité scientifique et pédagogique, d’évaluer les nouveaux masters d’enseignement, on la dépossède donc de ses prérogatives pour les transférer à une autre instance plus compréhensive à l’égard des objectifs et des calendriers ministériels.

Et peu importe dès lors que tout le monde soit d’accord (enseignants-chercheurs, formateurs d’IUFM, présidents d’université, directeurs d’IUFM, pédagogues, sociétés savantes, syndicats, jurys de concours) pour dire que la seule solution raisonnable serait de ne rien mettre en place de nouveau à la prochaine rentrée universitaire dans ce domaine et d’entamer enfin des négociations sérieuses avec tous les acteurs de la formation des enseignants pour élaborer une « mastérisation » qui ne détruise pas la qualité de la formation et ne soit pas fondée sur des économies budgétaires. Tout se passe comme si les ministres concernés et le gouvernement avaient des priorités et des calendriers, personnels et collectifs, n’ayant désormais pas grand chose à voir avec le traitement des dossiers dont ils ont la charge ni avec l’intérêt des élèves de l’enseignement primaire et secondaire ou avec la qualité de la formation des jeunes collègues du premier et du second degré. L’épisode en dit long sur la sincérité du discours gouvernemental concernant l’autonomie universitaire et l’indépendance des évaluations. Il en dit aussi long hélas sur le choix d’attiser un conflit déjà brûlant en multipliant les provocations. Pourquoi ? La question vaudrait d’être posée à la Ministre...

Une fois encore, une fois de trop, le gouvernement veut, de façon irresponsable, et pour des motifs purement politiciens, passer en force sur cette question. Nous saurons collectivement, de la maternelle à l’université, lui apporter la réponse qui convient. Nous ne laisserons pas détruire sans rien faire la formation des enseignants ni aujourd’hui, ni demain, ni l’an prochain : il faudra bien qu’il finisse par le comprendre !


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