03 novembre 2009
Masterisation et revalorisation du métier d'enseignant
- Un rapport propose de lier la revalorisation des enseignants à leur performance. Les Echos, le 2 novembre 2009.
La proposition est sensible. Alors que le ministère de l'Education nationale et les syndicats sont actuellement en pleine négociation sur la revalorisation des carrières des enseignants, un rapport rendu public vendredi par le député UMP Dominique Le Mèner propose de récompenser davantage « la performance de l'enseignant devant les élèves ». Critiquant le système actuel de notation des enseignants -ceux-ci sont inspectés tous les trois à cinq ans dans le premier degré et tous les six à sept ans dans le second degré selon le rapport-, le député propose deux pistes d'action : soit mettre en place « une évaluation moins formelle et plus qualitative, conduite conjointement par le chef d'établissement et l'inspecteur », soit noter la valeur ajoutée « collective » de l'établissement, en évaluant ce que celui-ci a apporté de plus à ses élèves par rapport à des établissements comparables. Dans tous les cas, il s'agirait de verser « des rémunérations complémentaires » à ceux « dont l'action pédagogique est jugée exceptionnelle ».
- Lire le rapport de Dominique Le Méner, 27 octobre 2009, 80 pages. publié sur le site de l'Assemblée nationale.
- Extraits du rapports :
I- Un budget intégrant la réforme de la mastérisation
(...)
D’autre part, le schéma d’emplois du projet de budget est directement
issu de cette réforme, dont l’un des effets est d’affecter, à compter
du 1er septembre 2010, dans les écoles et les établissements scolaires,
les enseignants nouvellement recrutés.
En conséquence, en venant
s’ajouter à la suppression de 600 emplois administratifs, cette mesure
entraînera la suppression, à compter de cette date, de :
- 9182 emplois d’enseignants stagiaires (soit 3 061 équivalents temps plein travaillé ou ETPT) dans le 1er degré,
-
6733 emplois d’enseignants stagiaires (soit 2 244 ETPT) et 411 emplois
de conseillers principaux d’éducation stagiaires (soit 137 ETPT) dans
le 2nd degré,
- 1876 emplois de stagiaires dans l’enseignement privé (soit 625 ETPT).
Le
schéma d’emplois intègre toutefois des mesures de créations de postes
liées à la démographie scolaire et à relance de la politique
d’éducation prioritaire. Ainsi, dans le 1er degré, qui enregistre une
hausse des effectifs d’élèves (+ 5700 élèves prévus en 2010), les
moyens augmenteront de 2182 emplois d’enseignants (soit 728 ETPT),
tandis que, dans le 2nd degré, 144 emplois supplémentaires, soit
48 ETPT, seront affectés aux établissements situés dans des zones
défavorisées sur le plan socio-économique. En application du principe
de parité, les moyens de l’enseignement privé des 1er et 2nd degrés
augmenteront de 476 emplois (soit 158 ETPT)."
(...)
"Cette
reconnaissance se heurte, pour l’heure, à l’obstacle des décrets du
25 mai 1950 qui définissent le service des enseignants du secondaire
uniquement en horaires hebdomadaires d’enseignement (18 heures pour les
professeurs certifiés et 15 heures pour les professeurs agrégés).
Autrement dit, ces décrets ne disent rien des missions essentielles
auxquelles les enseignants consacrent pourtant de plus en plus de
temps, qu’il s’agisse du soutien qu’ils peuvent accorder à des petits
groupes d’élèves ou du temps pris pour encadrer des travaux de
recherche.
(...)
"Plusieurs mesures, mais qui impliquent des réformes délicates
à mettre en œuvre, permettraient de mieux apprécier la performance des
enseignants devant les élèves :
– Les critères d’évaluation
pourraient être rendus plus consistants, en s’appuyant sur des
protocoles nationaux d’évaluation des acquis des élèves qui permettent
d’appréhender les performances de chaque enseignant. Mais la définition
de ces critères de valeur ajoutée « individuelle » risque d’être
difficile. De plus, avec un tel dispositif, comme les inspecteurs ne
pourront pas, chaque année, procéder eux-mêmes à l’évaluation des
enseignants, ce seront ces derniers qui devront alimenter la grille
d’évaluation, ce qui est de nature à remettre en cause sa fiabilité.
– Une
autre solution consisterait à mettre en œuvre une évaluation moins
formelle et plus qualitative, conduite conjointement par le chef
d’établissement (ou le directeur d’école) et l’inspecteur. Cela suppose
de conforter le rôle du chef d’établissement dans la notation, une
évolution qui sera contestée par les enseignants, prompts à voir dans
cette solution un encouragement à bien noter non pas, selon les propos
d’un interlocuteur du rapporteur pour avis, les « bons » enseignants, mais ceux qui « savent plaire aux petits chefs ».
Une telle solution implique, par ailleurs, de faire du directeur
d’école, qui n’a aucune autorité hiérarchique sur ses pairs enseignants
du primaire, un vrai chef d’établissement, ce qui suppose, au
préalable, de régler le problème posé par l’absence de statut du
directeur d’école.
– Une dernière solution consisterait à apprécier
la valeur ajoutée « collective » de l’établissement, en évaluant ce
qu’il a apporté de plus à ses élèves par rapport à des établissements
comparables. C’est la proposition qu’a faite au rapporteur pour avis la
sociologue Agnès van Zanten, en précisant que cette évaluation devrait
bien porter non pas sur la connaissance des matières, mais sur les
compétences de base. Dans un tel schéma, les établissements qui,
collectivement, généreraient plus de valeur ajoutée recevraient plus de
moyens de la part de l’État.
Le but ultime de ce type de dispositif
est d’inciter les enseignants à améliorer leurs performances, en
versant à ceux d’entre eux, dont l’action pédagogique est jugée
exceptionnelle, des rémunérations complémentaires."
...
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