La réforme du recrutement et de la formation des enseignants, dite "mastérisation" avance à marche forcée et devrait s’appliquer dès la rentrée prochaine.

En ce début d’année 2010, deux nouveaux textes ont été publiés au niveau national : la circulaire pour la mise en place des diplômes de masters destinés aux métiers de l’enseignement et les décrets réformant le déroulement des concours de recrutement des enseignants. Ils s’ajoutent aux textes déjà publiés à l’été 2009, en particulier le décret fixant les conditions d’inscription à ces concours et la circulaire pour l’organisation des stages durant ces masters. Le calendrier fixant précisément les dates des épreuves écrites et orales (au cours de la deuxième année de master) n’est toujours pas établi à ce jour.

Dans ce contexte très contraint, l’Université de Strasbourg (UdS) a déjà organisé trois journées d’études sur la formation aux métiers de l’enseignement et a constitué un groupe de travail, associant des représentants des facultés, des corps d’inspection et des représentants des syndicats, pour tenter d’établir un cadrage local aux diplômes de master destinés aux métiers de l’enseignement (professeurs des premier et second degrés, documentalistes et conseillers principaux d’éducation).

à l’UdS, l’ensemble de la communauté éducative dénonce les injonctions contradictoires des différents textes publiés par les ministères de tutelle : la circulaire pour la mise en place des diplômes de master destinés aux métiers de l’enseignement affirme que "les masters intégreront une composante forte de formation professionnelle, de plus en plus importante dans le cursus, pour devenir majoritaire en deuxième année de master" alors que les décrets publiés placent au même moment le déroulement des épreuves écrites et orales de concours qui restent purement disciplinaires.

Lors des journées d’études, les acteurs de la formation des futurs enseignants ont fait l’inventaire des points de blocage et ont demandé au président de l’UdS de présenter leurs demandes aux ministres :
- les épreuves écrites du concours doivent être positionnées en fin de M1,
- les stages proposés doivent constituer un réel support de formation professionnelle et en aucun cas un moyen de remplacement des personnels titulaires,
- l’entrée dans le métier doit être accompagnée d’une décharge de service d’au moins 50%,
- des moyens financiers substantiels doivent être dégagés en direction des étudiants afin de favoriser la mixité sociale.

Ces demandes n’ont pas été entendues.

Le groupe de travail participe actuellement à l’élaboration du cadrage local pour les diplômes de master destinés aux métiers de l’enseignement. Il n’apparaît pas possible aujourd’hui de concilier lors de la deuxième année de master une formation professionnelle de qualité et une préparation aux épreuves qui donne aux étudiants de sérieuses chances de réussite aux concours.

Le rôle de l’IUFM d’Asace comme lieu de référence pour la formation professionnelle n’est toujours pas clairement établi à l’UdS. Seule la compétence d’organisation des stages lui est pour l’instant reconnue.

Dans les prochaines semaines, l’UdS et ses facultés vont devoir faire un choix douloureux si elles ne veulent pas saborder leurs diplômes de master :
- proposer une formation professionnelle de qualité en réaffirmant le rôle central que doit y jouer l’IUFM d’Alsace mais risquer d’hypothéquer les chances de réussite des étudiants aux épreuves des concours,
- préparer efficacement les étudiants aux épreuves des concours mais programmer de fait l’extinction de l’IUFM d’Alsace et accepter d’envoyer sur le terrain des enseignants non formés.

L’objectif d’amélioration de la qualité de la formation des enseignants, annoncé sans scrupule par les ministères -de l’éducation nationale- et -de l’enseignement supérieur et de la recherche-, ne sera pas tenu. Le gouvernement a bel et bien accouché d’une réforme qui enverra l’ensemble des futurs enseignants sur le terrain sans formation professionnelle digne de ce nom.

La régression devient irréversible.