Par Pascale Dubus, maître de conférences en Histoire de l'art à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Qui s'intéresse au "nouveau calendrier des concours" doit se demander dans quels textes on trouve mention du report de l'admissibilité à septembre, novembre, et janvier. Le 28 décembre 2009, l'article 2 de l'arrêté  de la réforme des concours publié au Journal officiel du 6 janvier 2010 stipule en effet : "La date d'ouverture des sessions, les modalités d'inscription, les centres dans lesquels les épreuves sont subies ainsi que la répartition des places entre les sections sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'éducation. Les candidats sont tenus de s'inscrire dans les conditions et les délais fixés par ces arrêtés".

Outre les documents préparatoires de 2009 qui envisagent plusieurs solutions, dont l'admissibilité en début de M2, il existe un projet présenté aux syndicats le 13 novembre 2009 dans lequel les calendriers sont incorporés (voir pièce jointe). Les dates correspondent à celles qui circulent actuellement. Mais ensuite, plus rien. Ce vide "juridique" correspond aux propos tenus dans l'article d'educpros en avril 2010. Il s'avère impossible de trouver un texte officiel mentionnant des épreuves d'admissibilité au troisième semestre du master pour la session 2011. Il faut dire que l'on se perd dans la  jungle des projets de mastérisation présentés, puis retirés,  puis proposés sous une autre forme. Les ballons d'essai finissent par brouiller la perception de la réforme en cours.

Tandis que l'Enseignant-chercheur, rompu à la recherche des sources, fait chou blanc, un grand nombre de documents et de sites universitaires annonce un calendrier précis et détaillé. Parfois, les candidats sont même invités à s'inscrire en ligne du 10 mai au 18 juin 2010 sur le site du MEN, alors qu'aucun calendrier, ni aucune procédure d'inscription n'y sont publiés pour la prochaine session. Comment expliquer un tel paradoxe ?

Afin d'apporter des éléments de réponse, il faut remonter deux mois en arrière. Le 15 mars 2010,  l'Inspecteur général d'histoire, Laurent Carroué, fervent défenseur de la mastérisation, a soumis un calendrier dans un document officieux  à  l'intention des préparateurs. Ce courriel privé a été expédié aux collègues historiens, avec comme consigne de lui donner la plus large diffusion. Son contenu s'apparente à une fuite organisée puisque le calendrier et les nouveaux programmes limitatifs d'histoire s'y trouvent divulgués. Quatre jours plus tard,  AEF a publié un calendrier dont les dates concordent avec celles indiquées par l'Inspecteur Général (dépêche 129078 du 19 mars 2010). La dépêche ne s'appuie pas sur des sources officielles, mais renvoie à des "informations recueillis par AEF". Depuis, les dates ont largement circulé sans qu'aucune source soit jamais citée. Chacun a intégré le calendrier, à tel point que certains collègues sont convaincus qu'il repose sur des textes officiels.

En l'absence d'un cadre officiel, la politique de la rumeur a admirablement fonctionné. Lorsqu'on ne sait pas, toute information est bonne pour chasser les monstres de l'anxiété. Dans le train de la mastérisation, voici venu le temps du calendrier fantôme.