Pays-de-la-Loire : les trois universités concernées et l'IUFM refusent de donner un avis favorable au projet d'Espé

Le CA de l'université du Maine a voté à l'unanimité, le 13 mai 2013, une déclaration jugeant que le projet d'accréditation de l'Espé des Pays-de-la-Loire « ne peut être recevable en l'état ». Le CA estime que des précisions et des amendements sont nécessaires, notamment sur le volet économique et sur le modèle de formation. La gouvernance est également critiquée. Le CA de l'université d'Angers, le 14 mai, s'est abstenu à l'unanimité sur le projet d'accréditation « en attendant un complément d'information ». Il a également adopté à l'unanimité une motion très proche de celle de l'université du Maine. À Nantes, tous les administrateurs se sont abstenus lors du vote de l'avis sur le projet d'Espé. Quant au conseil d'école de l'IUFM, il écrit, dans un motion adoptée le 13 mai 2013 (1), que « le projet, en l'état actuel, est irrecevable ».

« On ne sait pas ce qui va se passer maintenant », indique à AEF Jean-François Rossard, représentant du Sgen-CFDT à l'IUFM. « Le dossier va-t-il être envoyé tel quel par le recteur, ou va-t-il être revu, et à nouveau soumis pour avis aux CA des universités et au conseil d'école de l'IUFM ? »

L'intersyndicale des élus FSU, Sgen-CFDT et Unsa des personnels de l'IUFM dresse dans un document de trois pages une analyse du dossier d'accréditation de l'Espé, qualifié de « proposition minimale, incomplète, ne répondant pas aux nécessités d'une formation solide aux métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation ». Voici les points qui suscitent une « incompréhension » ou « des inquiétudes », selon les syndicats, et les CA des universités :

FORMATION. « L'organisation des masters MEEF traduit un véritable retour en arrière de la formation : une année de master 1 visant la préparation aux concours de recrutement à titre essentiel, et une année de master 2 réservée aux professeurs stagiaires à mi-temps », écrit l'intersyndicale dans son document d'analyse du projet d'Espé. « Où est la formation universitaire et professionnelle dans ce schéma ? », s'interroge Marie-France Le Marec, représentante de la FSU à l'IUFM. « L'année de M1 va être crispée autour du concours à réussir, et l'année de M2 crispée sur la question de la titularisation ». Elle ajoute que la place du concours est évidemment problématique ».

MODÈLE ÉCONOMIQUE. Dans le dossier d'accréditation, sous la rubrique « modèle économique » figure la mention : « en cours de construction en fonction des directives ministérielles ». « Il aurait fallu commencer par régler cette question », estime Marie-France Le Marec. De son côté, l'université du Maine note dans sa motion : « L'absence de modèle [économique] ne permet aucune projection et suscite de nombreuses inquiétudes quant au financement des missions prévues et à son impact sur le fonctionnement des trois universités déjà en situation budgétaire difficile ».

MÉTHODE. Les représentants syndicaux de l'IUFM regrettent « l'absence de concertation et même d'information des personnels et de leurs élus au cours du processus pour élaborer le dossier d'accréditation ». Ils dénoncent également « le refus de s'appuyer sur l'expertise de l'IUFM pour définir une politique ambitieuse de formation aux métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation ». Pour Jean-François Rossard, le dossier d'accréditation est « affligeant » : « Il n'y a pas de lignes directrices. On a sous les yeux un remplissage par les plus petits dénominateurs communs de chaque item prévu par le cahier des charges. » 

Marie-France Le Marec ajoute : « Il n'y a rien dans ce dossier, car la démarche engagée nationalement est extrêmement descendante. Le ministère de l'Éducation nationale a une démarche très prescriptive. Résultat, on se retrouve avec un cahier des charges, et des mots clés, sous lesquels on trouve des remplissages. Parce qu'il existe des désaccords entre les universités, mais aussi entre les universités et le rectorat, on aboutit à la commande ministérielle minimale. Personne, dans ce jeu de contraintes très lourdes, n'a pris le temps de réfléchir à la construction d'une vraie formation pour les métiers de l'éducation. La précipitation dans laquelle tout ce processus s'est déroulé joue également… »

GOUVERNANCE. Le dossier d'accréditation de l'Espé de l'académie de Nantes propose la mise en place d'un « comité stratégique de la formation », composé du recteur, des présidents des trois universités, du directeur de l'Espé et du président du conseil d'école de l'Espé. Ce comité stratégique « oriente, coordonne et accompagne l'organisation partenariale ». Pour l'intersyndicale, ce pilotage « efface les organes statutaires de décision d'une composante de nature universitaire ». Quant au CA de l'université du Maine, il plaide pour « l'évolution vers un cadre fédéral dont devrait relever l'Espé à terme ».

L'intersyndicale des élus FSU, Sgen-CFDT et Unsa des personnels de l'IUFM a réalisé une enquête auprès des personnels de l'IUFM sur leur perception de la future Espé. Le questionnaire en ligne a obtenu un taux de réponse de 45 %. « Ce qui en ressort, c'est que les personnels sont préoccupés par le sujet », indique Jean-François Rossard. « Ils sont au mieux dans l'attente ou le doute, au pire dans l'inquiétude. Ils ne voient pas comment sera cette future école, comment elle va s'organiser, quels seront ses liens avec l'université, quel sera leur rôle dans cette Espé ».

Dépêche AEF du 17 mai, 18 h 21.