« On constate sur le terrain la construction d'Espé (écoles supérieures du professorat et de l'éducations) déconnectées de l'université. Cela s'explique par l'existence de périmètres d'action différents : chaque académie comporte une seule Espé mais souvent plusieurs universités. Pour cette raison, le risque est fort que ces écoles soient autonomes des UFR », regrette Françoise Dubosquet, présidente de la CDUL (Conférence des doyens et directeurs des UFR de lettres, langues, arts et SHS). Selon elle, ces écoles, qui remplacent les IUFM au 1er septembre 2013, seront celles « du ministère de l'Éducation nationale », ainsi qu'en témoignent « la tutelle du recteur » prévue par le décret relatif au conseil d'école et les premiers retours sur le terrain. Elle salue cependant la mise en place de l'alternance en M2 qui permettra « une entrée progressive et accompagnée dans le métier ».

D'après les premiers retours issus du terrain, Françoise Dubosquet, présidente de la CDUL, regrette « la mise en place, dans les Espé, d'une logique similaire » à celle des IUFM, c'est-à-dire d' « une logique d'autonomie par rapport aux universités ». C'est ce qu'elle indique à AEF, jeudi 12 septembre 2013. Elle poursuit : « Pour des raisons géographiques et de transport, il est très difficile de constituer de véritables équipes pédagogiques dans les académies avec plusieurs universités. Quand les formateurs des ex-IUFM, les formateurs à temps partagé et les enseignants issus des UFR vont-ils se croiser et travailler ensemble ? J'espère que la collaboration ne se réduira pas à une simple répartition des UE. À titre personnel d'ailleurs, je ne me sens pas impliquée, j'ai l'impression d'être une simple prestataire de services. Je continue de regretter qu'on n'ait pas suivi le modèle des masters professionnels pleinement intégrés à l'université pour former les enseignants. »

UNE ÉCOLE « SOUS TUTELLE » DU RECTEUR 

En outre, la CDUL analyse le décret relatif au conseil d'école (AEF n°186755) comme « la mise sous tutelle des Espé par le recteur » : celui-ci « nomme l'administrateur provisoire [sur proposition du président de l'université intégratrice] et il est très présent dans le conseil d'école. Or, concrètement quels moyens le rectorat mettra-t-il dans les Espé ? », s'interroge Françoise Dubosquet, selon laquelle les Espé seront « les écoles du MEN. »

Elle constate aussi que « la place des enseignants-chercheurs dans le conseil d'école sera peu importante puisque pour être électeur et éligible, il faudra réaliser 48 heures de formation dans l'Espé. Or, avec la multiplication des intervenants et la diminution du volume horaire des masters MEEF, atteindre ce quota est difficile ». Au sein de l'université de Grenoble-III par exemple, « il n'y a que 2 enseignants-chercheurs électeurs et éligibles. Nous étions beaucoup plus partie prenante auparavant. »